LES INVITES DU COSMOPIF

 

L'invité n°114 (lundi 8 mai 2006)

 

Laurent Laveder

Photographe du ciel

www.photoastronomique.net

 

 

 

Qui êtes-vous, Laurent Laveder ?

Je suis Laurent Laveder, AKA Lolo de Cornouaille (on the web), AKA Lolo la vie est bô (par mes amis).

Après une maîtrise de physique à Nice et un DEA de je-sais-pas-encore-trop-ce-que-c'était au Havre, je quitte ma Côte d'Azur natale pour m'installer à Quimper où je travaille en tant que rédacteur scientifique. C'est en arrivant en Bretagne que je découvre le bonheur de vivre dans une région qui a une vraie identité. Je ne regrette pas la Côte d'Azur, même si les montagne me manquent un peu, parfois, mais ici, la vie est tellement authentique : belle et peu docile, comme un chat. L'argent n'est pas roi et rouler dans une grosse bagnole n'est pas la priorité.

Chaque soir, en rentrant chez moi après le travail, je continue à avoir l'impression d'être en vacances ! Et puis, pour qui aime la nature et la photo : c'est le paradis.

J'ai une fille de 6 ans (qui vit avec sa mère) et j'habite avec mon amoureuse Sabine (info-graphiste de métier, qui s'est chargée du design de mon site) et sa fille de 9 ans. Ainsi, sans réelles obligations familiales, je peux facilement m'échapper une heure ou deux pour aller faire une photo nocturne.

J'aime beaucoup les enfants, entre autre parce qu'ils sont "authentiques", curieux et n'ont pas d'inhibitions intellectuelles. Je les traite comme des grands (des mini-grands), donc sans les infantiliser et aime attirer leur attention sur des petites choses de la vie (une plante, un halo, les marées, etc.) pour les faire réfléchir au monde qui les entoure, afin qu'ils ne soient pas de bêtes consommateurs prêts à gober n'importe quoi ! Ils ne comprennent pas toujours tout mais il leur en reste toujours un petit quelque chose d'utile. Pour autant, je ne fais pas de prosélytisme pro-astronomique. C'est à peine s'ils savent que je photographie le ciel.

 

 

Quel a été votre parcours professionnel ?

Mon parcours a été chaotique : d'abord rédacteur scientifique pour feu Geoman.net, j'ai ensuite fait différents petits boulots alimentaires (ouvrier chez Monique Ranou, plaquiste, etc.) ainsi que des contrats de technicien informatique. Actuellement, je suis responsable d'une formation qui prépare au bac pro micro-informatique et réseau. Mon but est de réussir le concours du CAPES de physique-chimie pour enseigner et partager ma passion des sciences physiques et du ciel en particulier.

Dans le même temps, je pense développer mon activité photographique mais rester amateur, afin de ne pas être obligé de vendre des photos pour vivre et continuer ainsi à photographier pour le plaisir avant tout.

 

 

Quelle est votre passion, comment est-elle née, comment la vivez-vous ?

Ma passion est l'astronomie que j'ai découvert en 1986 dans le club d'astronomie de mon collège. Au fil des ans, j'ai peu à peu laissé tombé l'observation visuelle que je trouve stérile, pour me consacrer à l'astrophotographie mais pas la vulgaire photo de galaxies, de nébuleuse ou du cratère Tycho photographiées de milliers de fois à travers la planète entière. Ce que je cherche, c'est à faire des clichés uniques et c'est finalement assez simple car il suffit de photographier le ciel en cadrant notre Terre avec. C'est pourquoi j'opère souvent au grand angle. Mais ma lunette de 480 mm de focale me rend aussi de très bons services quand l'astre est très près de l'horizon ou quand je cherche à isoler un détail. Peu importe tant que ça reste transportable et que ça tient sur un trépied.

Cette passion de la photo du ciel est née petit à petit. J'ai été initié par un ami, Florent Bailleul, au sein du premier club d'astro que j'ai fréquenté. Puis j'ai accumulé des connaissance et de l'expérience. Aujourd'hui, je maîtrise plutôt bien toute la chaîne : du choix du matériel au traitement dans Photoshop en passant par la prise de vue qui reste l'étape la plus importante. Mais j'apprends encore et surtout, je continue à imaginer des photos inédites ou que je n'ai jamais vues. Mon but : traduire sur écran l'émotion et la vision qui étaient miennes au moment de la prise de vue tout en essayer d'attraper le cliché original ou la photo qui illustre un phénomène physique intéressant.

Je vis ma passion quasiment au quotidien. Mon œil est monomaniaque : je vois de plus en plus les choses en les cadrant et en imaginant ce qu'elles rendraient si je les prenais en photo.

Mon site web est très fréquenté (environ 150 000 pages vues par mois), ce qui m'encourage à le mettre à jour très souvent. Et ça prend beaucoup de temps lorsque l'on veut faire du travail de qualité. Parfois, le ciel reste bouché ou il ne se passe rien dans le ciel, alors je m'occupe en traitant des photos pas encore publiées et en fréquentant mailing-lists et forums par le biais desquels j'apprends beaucoup.

 

 

Quelle anecdote ou souvenir fort souhaiteriez-vous nous faire partager ?

Mis à part des souvenirs aussi intenses que courts que sont les éclipses, je me souviens d'une soirée magique. C'était en juin 2001 et je rentrais chez moi vers 23h, lorsque je m'aperçus que le ciel était vraiment très pur. Je décidais donc d'aller faire des photos au bord de mer, à Beg Meil. Arrivé là, je suis resté muet tant la Voie lactée était belle. Elle semblait surgir de l'océan. J'ai fait quelques photos, en argentique à l'époque. Je me souviens avoir été surpris par le dernier quartier de Lune qui s'était levé sans que je ne m'y attende, tant le ciel était pur. C'est à cette occasion que j'ai fait une de mes photos préférées. Je crois pouvoir dire que c'est cette nuit là que je me suis dit qu'il fallait que je me remette à la photo du ciel.

 

 

Photo Laurent Laveder

 

 

Mais je vis régulièrement des choses fortes, comme par exemple vendredi dernier, lorsque j'ai réussi à photographier un rayon bleu (le cousin du légendaire rayon vert mais en plus rare encore).

 

 

Quelle serait votre photo spatiale ou astronomique préférée et pourquoi ?

Là, j'aurai bien du mal à choisir ! J'écarterais de suite les photos sans poésie (ce jugement est fort discutable mais, aussi impressionnantes qu'elles soient, elles ne font pas vibrer mon âme mais excitent mon imaginaire) et inaccessibles des missions spatiales ou des télescopes professionnels.

Il y a le travail d'un photographe que j'aime tout particulièrement, sans doute parce qu'il fait le même type de photo que moi, c'est celui de Pierre-Paul Feyte (http://ppfeyte.free.fr/).

Dernièrement, je suis tombé sur cette photo qui m'a de suite énormément plu. J'envie la région où il vit, tout en sachant qu'il envie peut-être aussi la mienne. Mais je ne me plains pas !

 

 

Une nuit en Gascogne - Photo Pierre-Paul Feyte

 

 

Sinon, je compte nombre de mes photos parmi mes photos préférées : j'y suis attaché par le plaisir que j'ai eu à vivre ces instants. Ces deux photos toutes simples, presque dépouillées mais pas vides pour autant, sont dans le peloton de tête :

 

   

 

Splendide croissant lunaire - La Lune des fleurs

Photos Laurent Laveder

 

 


De la même manière, quel objet spatial retiendriez-vous ?

J'aime bien Saturne et je passerai bien quelques semaines sur une des ses lunes pour faire quelques photos, tout comme la sonde Cassini. Mais rapidement, je crains de me lasser des premiers plans peu changeants. La Terre est tellement riche en paysages !

 

 

Le satellite de Saturne, Dione, photographié par la sonde Cassini le 31 décembre 2005

NASA

 

 

Quel serait votre rêve spatial le plus fou ?

J'aimerais vivre quelques semaines en orbite pour pouvoir contempler à satiété la Terre d'en haut.

 

 

Merci, Laurent Laveder !

 

Interview réalisée par mail en avril 2006

 

 

La semaine prochaine (lundi 15 mai 2006) : Jean-Jacques Dordain

 

 

Les coordonnées des invités ne sont communiquées en aucun cas